Cela manque de galbe et de couleur, continua le voisin de Frédéric. Ie cuyde, messire, que nous avons dégénéré! À la bonne époque de Loys onzième, voire de Benjamin Constant, il y avait plus de mutinerie parmi les escholiers. Je les trouve pacifiques comme moutons, bêtes comme cornichons, et idoines à estre épiciers, Pasque-Dieu! Et voilà ce quon appelle la Jeunesse des écoles! Il attendit. Enfin, après quarante-trois minutes, Frédéric sortit avec Arnoux, et lui fit signe de patienter encore un peu. Le marchand de faïences et son compagnon montèrent, bras dessus, bras dessous, la rue dHauteville, prirent ensuite la rue de Chabrol. Je voulais que vous le corrigiez pour être savoir si mon raisonnement était logique et sil ny avait pas dabsurdités ou de contresens dans le cas où jaurais mal compris ce qua dit mon prof Frédéric, devenu blême, jura quil ne cachait rien. Quarante minutes après, il débarquait à Saint-Cloud.
La vision critique et pessimiste de Flaubert sur le sentimentalisme La misère, peut-être, centuplerait ses facultés. Il sexalta, en pensant aux grands hommes qui travaillent dans les mansardes. Un âme comme celle de Mme Arnoux devait sémouvoir à ce spectacle, et elle sattendrirait. Ainsi cette catastrophe était un bonheur, après tout
Notez cette citation :-Note moyenne : 4.635 sur 466 votes Évidemment, Flaubert dresse un tableau dun réalisme confondant dune époque tiraillée entre le bon Roi Louis-Philippe, la République et lEmpire. Javoue que, question connaissances historiques, la période 1815-1890 est celle que je maîtrise le moins. Du coup, les soubresauts de la France révoltes de 1848, avènement du Second Empire, etc. Tels que contés par Flaubert mont semblé assez confus, sans compter que je ne métais pas totalement approprié lexistence et lévolution des différents amis de Moreau seules les déconvenues dArnoux me parlaient. Néanmoins, certains personnages sont si caricaturaux que se les représenter est fort facile. Elle commençait, du reste, à lagacer fortement. Quelquefois, se posant comme expérimentée, elle disait du mal de lamour avec un rire sceptique qui donnait des démangeaisons de la gifler. Un quart dheure après, cétait la seule chose quil y eût au monde, et, croisant ses bras sur sa poitrine, comme pour serrer quelquun, elle murmurait : Oh! oui, cest bon! cest si bon! les paupières entre-closes et à demi pâmée divresse. Il était impossible de la connaître, de savoir, par exemple, si elle aimait Arnoux, car elle se moquait de lui et en paraissait jalouse. De même pour la Vatnaz, quelle appelait une misérable, dautres fois sa meilleure amie. Elle avait, enfin, sur toute sa personne et jusque dans le retroussement de son chignon, quelque chose dinexprimable qui ressemblait à un défi ; et il la désirait, pour le plaisir surtout de la vaincre et de la dominer. Frédéric est donc en retrait, en attente, incertain. Ses paroles sont narrativisées Il sétendit en revanche sur Arnoux, rapportant ses discours, ses manières, ses relations et il ne sadresse à son ami que pour exprimer ses sentiments et ses doutes Je suis de la race des déshérités ou pour vérifier lidentité dun importun M Roque?. Il écoute les conseils de Deslauriers et même si son cynisme le choque Frédéric se récriait il finit par être touché Frédéric avait tant de confiance en Deslauriers, quil se sentit ébranlé. Cette leçon donnée par Deslauriers va faire du chemin dans son esprit. En attendant, il lui manifeste son amitié concrètement en partageant son manteau avec lui, en lui donnant de quoi payer son dîner. Et Deslauriers nest pas en reste daffection : il avait fait la route de Villenauxe à pied, exprès pour voir Frédéric soit une quinzaine de kms. La chambre avait un aspect tranquille. Un beau soleil passait par les carreaux, les angles des meubles reluisaient, et, comme Mme Arnoux était assise auprès de la fenêtre, un grand rayon, frappant les accroche-curs de sa nuque, pénétrait dun fluide dor sa peau ambrée. Alors, il dit : Bah! je suis solide! quest-ce que ça fait? La République est proclamée! on sera heureux maintenant! Ils passèrent par une allée, puis furent introduits dans une grande pièce, à usage de menuisier sans doute, et dont les murs encore neufs sentaient le plâtre. Quatre quinquets accrochés parallèlement y faisaient une lumière désagréable. Sur une estrade, au fond, il y avait un bureau avec une sonnette, en dessous une table figurant la tribune, et de chaque côté deux autres plus basses, pour les secrétaires. Lauditoire qui garnissait les bancs était composé de vieux rapins, de pions, dhommes de lettres inédits. Sur ces lignes de paletots à collets gras, on voyait de place en place le bonnet dune femme ou le bourgeron dun ouvrier. Le fond de la salle était même plein douvriers, venus là sans doute par désuvrement, ou quavaient introduits des orateurs pour se faire applaudir.
-1869 : le véritable intérêt de ce classique est dans son écriture, recherchée, stylisée, magnifique. Il a dû en noircir des pages ce brave pour arriver à un tel niveau stylistique. En même temps il faut bien dire que les adolescents de lépoque navaient pas vraiment le choix des occupations lors des longues soirées dhiver à la maison. Bien sûr on parle là de ceux vivant dans des familles aisées car les fils douvriers et de paysans eux navaient guère loccasion détaler leurs pensées sur de belles feuilles de papier blanc. Il aurait fallu déjà quil sache lire et que lécole obligatoire ne soit pas quune vue de lesprit pour la plupart. Il est vrai que devant une telle prose lhistoire mettant en scène une longue liste de personnages médiocres, petits bourgeois ratés ou nobliaux décadents avait peu dimportance. On dit de certains chanteurs que leur voix est si belle quils arrivent à séduire en chantant une liste des noms tirés des pages blanches de lannuaire, lui était tellement doué quil aurait pu pondre un chef doeuvre littéraire en écrivant votre liste des courses sur un bout de papier déchiré au hasard. La trame quant à elle restait largement à létat embryonnaire en névitant pas les longueurs causées par les interminables atermoiements du héros amoureux fou dune femme mariée et plus âgée que lui. Les romans de lépoque regorgeaient de ces passions oedipiennes qui voyait de jeunes idéalistes viser linterdit dun amour sentimental et charnel rendu complètement impossible par la position vertueuse de lobjet de leur désire. Le personnage principal lui poussait cette passion jusquà labsurde en fermant les yeux sur les plaisirs de la vie que pouvait lui apporter son jeune âge. Bien sur dautres femmes passaient dans ses bras mais elles ne nétaient que des ombres dédiées au plaisir charnel ou à entretenir par la convoitise de son jeune corps parfait un train de vie dispendieux et vide de sens. Ce roman est considéré comme étant une autobiographie de, on a dit même que le personnage de Marie Arnoux lépouse désirée était inspiré par la femme dun éditeur de musique devant qui était en pâmoison. On peut imaginer combien le mari a dû être réjouit de voir son infortune comptée dans les cinq cents pages de ce roman. Sil ne se passait rien de notable dans ce texte qui effleurait même le contexte historique de peur dintéresser le lecteur à autre chose quà la lente dérive nihiliste de Frédéric Moreau, il restait dune qualité littéraire telle quil prouvait quoiquon en dise que le génie peut faire beaucoup avec pas grand-chose. Une chose est sûre il faut être prêt mentalement et physiquement pour sattaquer à ce pavé qui ne résistera pas aux coups de fatigue du lecteur ni à ses pensées vagabondes Les amoureux par exemple feront bien de lire autre chose. Par contre pour les ninjas de la lecture, les imperturbable et les insomniaques ce livre distillera une aura bienfaitrice qui confirmera illico sa place dans les incontournables de la littérature française. Deux solution alors pour ceux qui voudront vraiment le découvrir, le Guronsan pour les courageux ou la torture dune lecture trop longue pour les autres malgré tout une oeuvre capitale Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, létourdissement des paysages et des ruines, lamertume des sympathies interrompues. Il revint. Il fréquenta le monde, et il eut dautres amours encore. Mais le souvenir continuel du premier les lui rendait insipides ; et puis la véhémence du désir, la fleur même de la sensation était perdue. Ses ambitions desprit avaient également diminué. Des années passèrent ; et il supportait le désoeuvrement de son intelligence et linertie de son coeur. Vers la fin de mars 1867, à la nuit tombante, comme il était seul dans son cabinet, une femme entre.-Madame Arnoux!-Frédéric! Elle le saisit par les mains, lattira doucement vers la fenêtre, et elle le considérait tout en répétant :-Cest lui! Cest donc lui! Dans la pénombre du crépuscule, il napercevait que ses yeux sous la voilette de dentelle noire qui masquait sa figure. Quand elle eut déposé au bord de la cheminée un petit portefeuille de velours grenat, elle sassit. Tous deux restèrent sans pouvoir parler, se souriant lun à lautre. Enfin, il lui adressa quantité de questions sur elle et son mari. Ils habitaient le fond de la Bretagne, pour vivre économiquement et payer leurs dettes. Arnoux, presque toujours malade, semblait un vieillard maintenant. Sa fille était mariée à Bordeaux, et son fils en garnison à Mostaganem. Puis elle releva la tête :-Mais je vous revois! Je suis heureuse! Il ne manqua pas de lui dire quà la nouvelle de leur catastrophe, il était accouru chez eux.-Je le savais!-Comment? Elle lavait aperçu dans la cour, et sétait cachée.-Pourquoi? Alors, dune voix tremblante, et avec de longs intervalles entre ses mots :-Javais peur! Oui.. Peur de vous.. De moi! Cette révélation lui donna comme un saisissement de volupté. Son coeur battait à grands coups. Elle reprit :-Excusez-moi de nêtre pas venue plus tôt et désignant le petit portefeuille grenat couvert de palmes dor : Je lai brodé à votre intention, tout exprès. Il contient cette somme, dont les terrains de Belleville devaient répondre. Frédéric la remercia du cadeau, tout en la blâmant de sêtre dérangée.-Non! Ce nest pas pour cela que je suis venue! Je tenais à cette visite, puis je men retournerais. Là-bas. Et elle lui parla de lendroit quelle habitait. Cétait une maison basse, à un seul étage, avec un jardin rempli de buis énormes et une double avenue de châtaigniers montant jusquau haut de la colline, doù lon découvre la mer.-Je vais masseoir là, sur un banc, que jai appelé : le banc Frédéric. Puis elle se mit à regarder les meubles, les bibelots, les cadres, avidement, pour les emporter dans sa mémoire. Le portrait de la Maréchale était à demi caché par un rideau. Mais les ors et les blancs, qui se détachaient au milieu des ténèbres, lattirèrent.-Je connais cette femme, il me semble?-Impossible! dit Frédéric. Cest une vieille peinture italienne. Elle avoua quelle désirait faire un tour à son bras, dans les rues. Ils sortirent. La lueur des boutiques éclairait, par intervalles, son profil pâle ; puis lombre lenveloppait de nouveau ; et, au milieu des voitures, de la foule et du bruit, ils allaient sans se distraire deux mêmes, sans rien entendre, comme ceux qui marchent ensemble dans la campagne, sur un lit de feuilles mortes. Ils se racontèrent leurs anciens jours, les dîners du temps de lArt industriel, les manies dArnoux, sa façon de tirer les pointes de son faux col, décraser du cosmétique sur ses moustaches, dautres choses plus intimes et plus profondes. Quel ravissement il avait eu la première fois en lentendant chanter! Comme elle était belle, le jour de sa fête, à Saint-Cloud! Il lui rappela le petit jardin dAuteuil, des soirs au théâtre, une rencontre sur le boulevard, danciens domestiques, sa négresse. Elle sétonnait de sa mémoire. Cependant, elle lui dit :-Quelquefois, vos paroles me reviennent comme un écho lointain, comme le son dune cloche apporté par le vent ; et il me semble que vous êtes là, quand je lis des passages damour, dans les livres.-Tout ce quon y blâme dexagéré, vous me lavez fait ressentir, dit Frédéric. Je comprends les Werther que ne dégoûtent pas les tartines de Charlotte.-Pauvre cher ami! Elle soupira ; et après un long silence :-Nimporte, nous nous serons bien aimés.-Sans nous appartenir, pourtant!-Cela vaut peut-être mieux, reprit-elle.-Non! non! Quel bonheur nous aurions eu!-Oh! je le crois, avec un amour comme le vôtre! Et il devait être bien fort pour durer après une séparation si longue! Frédéric lui demanda comment elle lavait découvert.-Cest un soir que vous mavez baisé le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis dit : Mais il maime.. Il maime! Javais peur de men assurer, cependant. Votre réserve était si charmante, que jen jouissais comme dun hommage involontaire et continu. Il ne regretta rien. Ses souffrances dautrefois étaient payées. Quand ils rentrèrent, Mme Arnoux ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console, éclaira ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt en pleine poitrine. Pour lui cacher cette déception, il se posa à terre à ses genoux, et, prenant ses mains, se mit à lui dire des tendresses.-Votre personne, vos moindres mouvements, me semblaient avoir dans le monde une importance extra-humaine. Mon coeur, comme de la poussière, se soulevait derrière vos pas. Vous me faisiez leffet dun clair de lune par une nuit dété, quand tout est parfums, ombres douces, blancheurs, infini ; et les délices de la chair et de lâme étaient contenus pour moi dans votre nom que je me répétais, en tâchant de le baiser sur mes lèvres. Je nimaginais rien au delà. Cétait Mme Arnoux telle que vous étiez, avec ses deux enfants, tendre, sérieuse, belle à éblouir, et si bonne! Cette image-là effaçait toutes les autres. Est-ce que jy pensais, seulement! puisque javais toujours au fond de moi-même la musique de votre voix et la splendeur de vos yeux! Elle acceptait avec ravissement cette adoration pour la femme quelle nétait plus. Frédéric, se grisant par ses paroles, arrivait à croire ce quil disait. Mme Arnoux, le dos tourné à la lumière, se penchait vers lui. Il sentait sur son front la caresse de son haleine, à travers ses vêtements le contact indécis de tout son corps. Leurs mains se serrèrent ; la pointe de sa bottine savançait un peu sous sa robe, et il lui dit, presque défaillant :-La vue de votre pied me trouble. Un mouvement de pudeur la fit se lever. Puis, immobile, et avec lintonation singulière des somnambules :-A mon âge! lui! Frédéric!.. Aucune na jamais été aimée comme moi! Non, non, à quoi sert dêtre jeune? Je men moque bien! je les méprise, toutes celles qui viennent ici!-Oh! il nen vient guère, reprit-il complaisamment. Son visage sépanouit, et elle voulut savoir sil se marierait. Il jura que non.-Bien sûr? Pourquoi?-A cause de vous, dit Frédéric, en la serrant dans ses bras. Elle y restait, la taille en arrière, la bouche entrouverte, les yeux levés. Tout à coup, elle le repoussa avec un air de désespoir ; et, comme il la suppliait de lui répondre, elle dit en baissant la tête :-Jaurais voulu vous rendre heureux. Frédéric soupçonna Mme Arnoux dêtre venue pour soffrir ; et il était repris par une convoitise plus forte que jamais, furieuse, enragée. Cependant, il sentait quelque chose dinexprimable, une répulsion, et comme leffroi dun inceste. Une autre crainte larrêta, celle den avoir dégoût plus tard. Dailleurs, quel embarras ce serait!-et tout à la fois par prudence et pour ne pas dégrader son idéal, il tourna sur ses talons et se mit à faire une cigarette. Elle le contemplait, tout émerveillée :-Comme vous êtes délicat! Il ny a que vous! Il ny a que vous! Onze heures sonnèrent.-Déjà! dit-elle ; au quart, je men irai. Elle se rassit ; mais elle observait la pendule, et il continuait à marcher en fumant. Tous les deux ne trouvaient plus rien à se dire. Il y a un moment, dans les séparations, où la personne aimée nest déjà plus avec nous. Enfin, laiguille ayant dépassé les vingt-cinq minutes, elle prit son chapeau par les brides, lentement.-Adieu, mon ami, mon cher ami! Je ne vous reverrai jamais! Cétait ma dernière démarche de femme. Mon âme ne vous quittera pas. Que toutes les bénédictions du ciel soient sur vous! Et elle le baisa comme une mère. Mais elle parut chercher quelque chose, et lui demanda des ciseaux. Elle défit son peigne ; tous ses cheveux blancs tombèrent. Elle sen coupa, brutalement, à la racine, une longue mèche.-Gardez-les! adieu! Quand elle fut sortie, Frédéric ouvrit sa fenêtre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe davancer à un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut. Et ce fut tout.-Cest un soir que vous mavez baisé le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis dit : Mais il maime.. Il maime! Javais peur de men assurer, cependant. Votre réserve était si charmante, que jen jouissais comme dun hommage involontaire et continu. Isidore les interrompit encore une fois. Il avait ordre de ramener Frédéric, définitivement. Madame sinquiétait, de son absence. Puis, ils accusèrent le hasard, les circonstances, lépoque où ils étaient nés. LEducation sentimentale est souvent présenté comme un roman..