{"id":10602,"date":"2020-10-14T16:29:12","date_gmt":"2020-10-14T16:29:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/?p=10602"},"modified":"2020-10-04T05:50:37","modified_gmt":"2020-10-04T05:50:37","slug":"rencontre-education-sentimentale-flaubert","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/2020\/10\/14\/rencontre-education-sentimentale-flaubert\/","title":{"rendered":"Rencontre Education Sentimentale Flaubert"},"content":{"rendered":"<p>Cela manque de galbe et de couleur, continua le voisin de Fr\u00e9d\u00e9ric. Ie cuyde, messire, que nous avons d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9! \u00c0 la bonne \u00e9poque de Loys onzi\u00e8me, voire de Benjamin Constant, il y avait plus de mutinerie parmi les escholiers. Je les trouve pacifiques comme moutons, b\u00eates comme cornichons, et idoines \u00e0 estre \u00e9piciers, Pasque-Dieu! Et voil\u00e0 ce quon appelle la Jeunesse des \u00e9coles!  Il attendit. Enfin, apr\u00e8s quarante-trois minutes, Fr\u00e9d\u00e9ric sortit avec Arnoux, et lui fit signe de patienter encore un peu. Le marchand de fa\u00efences et son compagnon mont\u00e8rent, bras dessus, bras dessous, la rue dHauteville, prirent ensuite la rue de Chabrol.  Je voulais que vous le corrigiez pour \u00eatre savoir si mon raisonnement \u00e9tait logique et sil ny avait pas dabsurdit\u00e9s ou de contresens dans le cas o\u00f9 jaurais mal compris ce qua dit mon prof Fr\u00e9d\u00e9ric, devenu bl\u00eame, jura quil ne cachait rien. Quarante minutes apr\u00e8s, il d\u00e9barquait \u00e0 Saint-Cloud. <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.tarot-couple.com\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/astrologie-amour-700x450.jpg\" alt=\"rencontre education sentimentale flaubert\" align=\"right\"> La vision critique et pessimiste de Flaubert sur le sentimentalisme La mis\u00e8re, peut-\u00eatre, centuplerait ses facult\u00e9s. Il sexalta, en pensant aux grands hommes qui travaillent dans les mansardes. Un \u00e2me comme celle de Mme Arnoux devait s\u00e9mouvoir \u00e0 ce spectacle, et elle sattendrirait. Ainsi cette catastrophe \u00e9tait un bonheur, apr\u00e8s tout <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.ccpsv.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/Atelier-Alimentation-Ecoles-PSV-Estives-en-F%C3%AAte-2012-Bromont-Lamothe-1.jpg\" alt=\"rencontre education sentimentale flaubert\" align=\"right\"> Notez cette citation :-Note moyenne : 4.635 sur 466 votes \u00c9videmment, Flaubert dresse un tableau dun r\u00e9alisme confondant dune \u00e9poque tiraill\u00e9e entre le bon Roi Louis-Philippe, la R\u00e9publique et lEmpire. Javoue que, question connaissances historiques, la p\u00e9riode 1815-1890 est celle que je ma\u00eetrise le moins. Du coup, les soubresauts de la France r\u00e9voltes de 1848, av\u00e8nement du Second Empire, etc. Tels que cont\u00e9s par Flaubert mont sembl\u00e9 assez confus, sans compter que je ne m\u00e9tais pas totalement appropri\u00e9 lexistence et l\u00e9volution des diff\u00e9rents amis de Moreau seules les d\u00e9convenues dArnoux me parlaient. N\u00e9anmoins, certains personnages sont si caricaturaux que se les repr\u00e9senter est fort facile. Elle commen\u00e7ait, du reste, \u00e0 lagacer fortement. Quelquefois, se posant comme exp\u00e9riment\u00e9e, elle disait du mal de lamour avec un rire sceptique qui donnait des d\u00e9mangeaisons de la gifler. Un quart dheure apr\u00e8s, c\u00e9tait la seule chose quil y e\u00fbt au monde, et, croisant ses bras sur sa poitrine, comme pour serrer quelquun, elle murmurait : Oh! oui, cest bon! cest si bon! les paupi\u00e8res entre-closes et \u00e0 demi p\u00e2m\u00e9e divresse. Il \u00e9tait impossible de la conna\u00eetre, de savoir, par exemple, si elle aimait Arnoux, car elle se moquait de lui et en paraissait jalouse. De m\u00eame pour la Vatnaz, quelle appelait une mis\u00e9rable, dautres fois sa meilleure amie. Elle avait, enfin, sur toute sa personne et jusque dans le retroussement de son chignon, quelque chose dinexprimable qui ressemblait \u00e0 un d\u00e9fi ; et il la d\u00e9sirait, pour le plaisir surtout de la vaincre et de la dominer.  Fr\u00e9d\u00e9ric est donc en retrait, en attente, incertain. Ses paroles sont narrativis\u00e9es Il s\u00e9tendit en revanche sur Arnoux, rapportant ses discours, ses mani\u00e8res, ses relations et il ne sadresse \u00e0 son ami que pour exprimer ses sentiments et ses doutes Je suis de la race des d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s ou pour v\u00e9rifier lidentit\u00e9 dun importun M Roque?. Il \u00e9coute les conseils de Deslauriers et m\u00eame si son cynisme le choque Fr\u00e9d\u00e9ric se r\u00e9criait il finit par \u00eatre touch\u00e9 Fr\u00e9d\u00e9ric avait tant de confiance en Deslauriers, quil se sentit \u00e9branl\u00e9. Cette le\u00e7on donn\u00e9e par Deslauriers va faire du chemin dans son esprit. En attendant, il lui manifeste son amiti\u00e9 concr\u00e8tement en partageant son manteau avec lui, en lui donnant de quoi payer son d\u00eener. Et Deslauriers nest pas en reste daffection : il avait fait la route de Villenauxe \u00e0 pied, expr\u00e8s pour voir Fr\u00e9d\u00e9ric soit une quinzaine de kms. La chambre avait un aspect tranquille. Un beau soleil passait par les carreaux, les angles des meubles reluisaient, et, comme Mme Arnoux \u00e9tait assise aupr\u00e8s de la fen\u00eatre, un grand rayon, frappant les accroche-curs de sa nuque, p\u00e9n\u00e9trait dun fluide dor sa peau ambr\u00e9e. Alors, il dit : Bah! je suis solide! quest-ce que \u00e7a fait? La R\u00e9publique est proclam\u00e9e! on sera heureux maintenant! Ils pass\u00e8rent par une all\u00e9e, puis furent introduits dans une grande pi\u00e8ce, \u00e0 usage de menuisier sans doute, et dont les murs encore neufs sentaient le pl\u00e2tre. Quatre quinquets accroch\u00e9s parall\u00e8lement y faisaient une lumi\u00e8re d\u00e9sagr\u00e9able. Sur une estrade, au fond, il y avait un bureau avec une sonnette, en dessous une table figurant la tribune, et de chaque c\u00f4t\u00e9 deux autres plus basses, pour les secr\u00e9taires. Lauditoire qui garnissait les bancs \u00e9tait compos\u00e9 de vieux rapins, de pions, dhommes de lettres in\u00e9dits. Sur ces lignes de paletots \u00e0 collets gras, on voyait de place en place le bonnet dune femme ou le bourgeron dun ouvrier. Le fond de la salle \u00e9tait m\u00eame plein douvriers, venus l\u00e0 sans doute par d\u00e9suvrement, ou quavaient introduits des orateurs pour se faire applaudir. <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/sf1.viepratique.fr\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2018\/02\/trouver-un-cadeau-original-pour-un-homme-750x410.jpg\" alt=\"rencontre education sentimentale flaubert\" align=\"left\">-1869 : le v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat de ce classique est dans son \u00e9criture, recherch\u00e9e, stylis\u00e9e, magnifique. Il a d\u00fb en noircir des pages ce brave pour arriver \u00e0 un tel niveau stylistique. En m\u00eame temps il faut bien dire que les adolescents de l\u00e9poque navaient pas vraiment le choix des occupations lors des longues soir\u00e9es dhiver \u00e0 la maison. Bien s\u00fbr on parle l\u00e0 de ceux vivant dans des familles ais\u00e9es car les fils douvriers et de paysans eux navaient gu\u00e8re loccasion d\u00e9taler leurs pens\u00e9es sur de belles feuilles de papier blanc. Il aurait fallu d\u00e9j\u00e0 quil sache lire et que l\u00e9cole obligatoire ne soit pas quune vue de lesprit pour la plupart. Il est vrai que devant une telle prose lhistoire mettant en sc\u00e8ne une longue liste de personnages m\u00e9diocres, petits bourgeois rat\u00e9s ou nobliaux d\u00e9cadents avait peu dimportance. On dit de certains chanteurs que leur voix est si belle quils arrivent \u00e0 s\u00e9duire en chantant une liste des noms tir\u00e9s des pages blanches de lannuaire, lui \u00e9tait tellement dou\u00e9 quil aurait pu pondre un chef doeuvre litt\u00e9raire en \u00e9crivant votre liste des courses sur un bout de papier d\u00e9chir\u00e9 au hasard. La trame quant \u00e0 elle restait largement \u00e0 l\u00e9tat embryonnaire en n\u00e9vitant pas les longueurs caus\u00e9es par les interminables atermoiements du h\u00e9ros amoureux fou dune femme mari\u00e9e et plus \u00e2g\u00e9e que lui. Les romans de l\u00e9poque regorgeaient de ces passions oedipiennes qui voyait de jeunes id\u00e9alistes viser linterdit dun amour sentimental et charnel rendu compl\u00e8tement impossible par la position vertueuse de lobjet de leur d\u00e9sire. Le personnage principal lui poussait cette passion jusqu\u00e0 labsurde en fermant les yeux sur les plaisirs de la vie que pouvait lui apporter son jeune \u00e2ge. Bien sur dautres femmes passaient dans ses bras mais elles ne n\u00e9taient que des ombres d\u00e9di\u00e9es au plaisir charnel ou \u00e0 entretenir par la convoitise de son jeune corps parfait un train de vie dispendieux et vide de sens. Ce roman est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant une autobiographie de, on a dit m\u00eame que le personnage de Marie Arnoux l\u00e9pouse d\u00e9sir\u00e9e \u00e9tait inspir\u00e9 par la femme dun \u00e9diteur de musique devant qui \u00e9tait en p\u00e2moison. On peut imaginer combien le mari a d\u00fb \u00eatre r\u00e9jouit de voir son infortune compt\u00e9e dans les cinq cents pages de ce roman. Sil ne se passait rien de notable dans ce texte qui effleurait m\u00eame le contexte historique de peur dint\u00e9resser le lecteur \u00e0 autre chose qu\u00e0 la lente d\u00e9rive nihiliste de Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, il restait dune qualit\u00e9 litt\u00e9raire telle quil prouvait quoiquon en dise que le g\u00e9nie peut faire beaucoup avec pas grand-chose. Une chose est s\u00fbre il faut \u00eatre pr\u00eat mentalement et physiquement pour sattaquer \u00e0 ce pav\u00e9 qui ne r\u00e9sistera pas aux coups de fatigue du lecteur ni \u00e0 ses pens\u00e9es vagabondes Les amoureux par exemple feront bien de lire autre chose. Par contre pour les ninjas de la lecture, les imperturbable et les insomniaques ce livre distillera une aura bienfaitrice qui confirmera illico sa place dans les incontournables de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. Deux solution alors pour ceux qui voudront vraiment le d\u00e9couvrir, le Guronsan pour les courageux ou la torture dune lecture trop longue pour les autres malgr\u00e9 tout une oeuvre capitale Il voyagea. Il connut la m\u00e9lancolie des paquebots, les froids r\u00e9veils sous la tente, l\u00e9tourdissement des paysages et des ruines, lamertume des sympathies interrompues. Il revint. Il fr\u00e9quenta le monde, et il eut dautres amours encore. Mais le souvenir continuel du premier les lui rendait insipides ; et puis la v\u00e9h\u00e9mence du d\u00e9sir, la fleur m\u00eame de la sensation \u00e9tait perdue. Ses ambitions desprit avaient \u00e9galement diminu\u00e9. Des ann\u00e9es pass\u00e8rent ; et il supportait le d\u00e9soeuvrement de son intelligence et linertie de son coeur. Vers la fin de mars 1867, \u00e0 la nuit tombante, comme il \u00e9tait seul dans son cabinet, une femme entre.-Madame Arnoux!-Fr\u00e9d\u00e9ric! Elle le saisit par les mains, lattira doucement vers la fen\u00eatre, et elle le consid\u00e9rait tout en r\u00e9p\u00e9tant :-Cest lui! Cest donc lui! Dans la p\u00e9nombre du cr\u00e9puscule, il napercevait que ses yeux sous la voilette de dentelle noire qui masquait sa figure. Quand elle eut d\u00e9pos\u00e9 au bord de la chemin\u00e9e un petit portefeuille de velours grenat, elle sassit. Tous deux rest\u00e8rent sans pouvoir parler, se souriant lun \u00e0 lautre. Enfin, il lui adressa quantit\u00e9 de questions sur elle et son mari. Ils habitaient le fond de la Bretagne, pour vivre \u00e9conomiquement et payer leurs dettes. Arnoux, presque toujours malade, semblait un vieillard maintenant. Sa fille \u00e9tait mari\u00e9e \u00e0 Bordeaux, et son fils en garnison \u00e0 Mostaganem. Puis elle releva la t\u00eate :-Mais je vous revois! Je suis heureuse! Il ne manqua pas de lui dire qu\u00e0 la nouvelle de leur catastrophe, il \u00e9tait accouru chez eux.-Je le savais!-Comment? Elle lavait aper\u00e7u dans la cour, et s\u00e9tait cach\u00e9e.-Pourquoi? Alors, dune voix tremblante, et avec de longs intervalles entre ses mots :-Javais peur! Oui.. Peur de vous.. De moi! Cette r\u00e9v\u00e9lation lui donna comme un saisissement de volupt\u00e9. Son coeur battait \u00e0 grands coups. Elle reprit :-Excusez-moi de n\u00eatre pas venue plus t\u00f4t et d\u00e9signant le petit portefeuille grenat couvert de palmes dor : Je lai brod\u00e9 \u00e0 votre intention, tout expr\u00e8s. Il contient cette somme, dont les terrains de Belleville devaient r\u00e9pondre. Fr\u00e9d\u00e9ric la remercia du cadeau, tout en la bl\u00e2mant de s\u00eatre d\u00e9rang\u00e9e.-Non! Ce nest pas pour cela que je suis venue! Je tenais \u00e0 cette visite, puis je men retournerais. L\u00e0-bas. Et elle lui parla de lendroit quelle habitait. C\u00e9tait une maison basse, \u00e0 un seul \u00e9tage, avec un jardin rempli de buis \u00e9normes et une double avenue de ch\u00e2taigniers montant jusquau haut de la colline, do\u00f9 lon d\u00e9couvre la mer.-Je vais masseoir l\u00e0, sur un banc, que jai appel\u00e9 : le banc Fr\u00e9d\u00e9ric. Puis elle se mit \u00e0 regarder les meubles, les bibelots, les cadres, avidement, pour les emporter dans sa m\u00e9moire. Le portrait de la Mar\u00e9chale \u00e9tait \u00e0 demi cach\u00e9 par un rideau. Mais les ors et les blancs, qui se d\u00e9tachaient au milieu des t\u00e9n\u00e8bres, lattir\u00e8rent.-Je connais cette femme, il me semble?-Impossible! dit Fr\u00e9d\u00e9ric. Cest une vieille peinture italienne. Elle avoua quelle d\u00e9sirait faire un tour \u00e0 son bras, dans les rues. Ils sortirent. La lueur des boutiques \u00e9clairait, par intervalles, son profil p\u00e2le ; puis lombre lenveloppait de nouveau ; et, au milieu des voitures, de la foule et du bruit, ils allaient sans se distraire deux m\u00eames, sans rien entendre, comme ceux qui marchent ensemble dans la campagne, sur un lit de feuilles mortes. Ils se racont\u00e8rent leurs anciens jours, les d\u00eeners du temps de lArt industriel, les manies dArnoux, sa fa\u00e7on de tirer les pointes de son faux col, d\u00e9craser du cosm\u00e9tique sur ses moustaches, dautres choses plus intimes et plus profondes. Quel ravissement il avait eu la premi\u00e8re fois en lentendant chanter! Comme elle \u00e9tait belle, le jour de sa f\u00eate, \u00e0 Saint-Cloud! Il lui rappela le petit jardin dAuteuil, des soirs au th\u00e9\u00e2tre, une rencontre sur le boulevard, danciens domestiques, sa n\u00e9gresse. Elle s\u00e9tonnait de sa m\u00e9moire. Cependant, elle lui dit :-Quelquefois, vos paroles me reviennent comme un \u00e9cho lointain, comme le son dune cloche apport\u00e9 par le vent ; et il me semble que vous \u00eates l\u00e0, quand je lis des passages damour, dans les livres.-Tout ce quon y bl\u00e2me dexag\u00e9r\u00e9, vous me lavez fait ressentir, dit Fr\u00e9d\u00e9ric. Je comprends les Werther que ne d\u00e9go\u00fbtent pas les tartines de Charlotte.-Pauvre cher ami! Elle soupira ; et apr\u00e8s un long silence :-Nimporte, nous nous serons bien aim\u00e9s.-Sans nous appartenir, pourtant!-Cela vaut peut-\u00eatre mieux, reprit-elle.-Non! non! Quel bonheur nous aurions eu!-Oh! je le crois, avec un amour comme le v\u00f4tre! Et il devait \u00eatre bien fort pour durer apr\u00e8s une s\u00e9paration si longue! Fr\u00e9d\u00e9ric lui demanda comment elle lavait d\u00e9couvert.-Cest un soir que vous mavez bais\u00e9 le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis dit : Mais il maime.. Il maime! Javais peur de men assurer, cependant. Votre r\u00e9serve \u00e9tait si charmante, que jen jouissais comme dun hommage involontaire et continu. Il ne regretta rien. Ses souffrances dautrefois \u00e9taient pay\u00e9es. Quand ils rentr\u00e8rent, Mme Arnoux \u00f4ta son chapeau. La lampe, pos\u00e9e sur une console, \u00e9claira ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt en pleine poitrine. Pour lui cacher cette d\u00e9ception, il se posa \u00e0 terre \u00e0 ses genoux, et, prenant ses mains, se mit \u00e0 lui dire des tendresses.-Votre personne, vos moindres mouvements, me semblaient avoir dans le monde une importance extra-humaine. Mon coeur, comme de la poussi\u00e8re, se soulevait derri\u00e8re vos pas. Vous me faisiez leffet dun clair de lune par une nuit d\u00e9t\u00e9, quand tout est parfums, ombres douces, blancheurs, infini ; et les d\u00e9lices de la chair et de l\u00e2me \u00e9taient contenus pour moi dans votre nom que je me r\u00e9p\u00e9tais, en t\u00e2chant de le baiser sur mes l\u00e8vres. Je nimaginais rien au del\u00e0. C\u00e9tait Mme Arnoux telle que vous \u00e9tiez, avec ses deux enfants, tendre, s\u00e9rieuse, belle \u00e0 \u00e9blouir, et si bonne! Cette image-l\u00e0 effa\u00e7ait toutes les autres. Est-ce que jy pensais, seulement! puisque javais toujours au fond de moi-m\u00eame la musique de votre voix et la splendeur de vos yeux! Elle acceptait avec ravissement cette adoration pour la femme quelle n\u00e9tait plus. Fr\u00e9d\u00e9ric, se grisant par ses paroles, arrivait \u00e0 croire ce quil disait. Mme Arnoux, le dos tourn\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re, se penchait vers lui. Il sentait sur son front la caresse de son haleine, \u00e0 travers ses v\u00eatements le contact ind\u00e9cis de tout son corps. Leurs mains se serr\u00e8rent ; la pointe de sa bottine savan\u00e7ait un peu sous sa robe, et il lui dit, presque d\u00e9faillant :-La vue de votre pied me trouble. Un mouvement de pudeur la fit se lever. Puis, immobile, et avec lintonation singuli\u00e8re des somnambules :-A mon \u00e2ge! lui! Fr\u00e9d\u00e9ric!.. Aucune na jamais \u00e9t\u00e9 aim\u00e9e comme moi! Non, non, \u00e0 quoi sert d\u00eatre jeune? Je men moque bien! je les m\u00e9prise, toutes celles qui viennent ici!-Oh! il nen vient gu\u00e8re, reprit-il complaisamment. Son visage s\u00e9panouit, et elle voulut savoir sil se marierait. Il jura que non.-Bien s\u00fbr? Pourquoi?-A cause de vous, dit Fr\u00e9d\u00e9ric, en la serrant dans ses bras. Elle y restait, la taille en arri\u00e8re, la bouche entrouverte, les yeux lev\u00e9s. Tout \u00e0 coup, elle le repoussa avec un air de d\u00e9sespoir ; et, comme il la suppliait de lui r\u00e9pondre, elle dit en baissant la t\u00eate :-Jaurais voulu vous rendre heureux. Fr\u00e9d\u00e9ric soup\u00e7onna Mme Arnoux d\u00eatre venue pour soffrir ; et il \u00e9tait repris par une convoitise plus forte que jamais, furieuse, enrag\u00e9e. Cependant, il sentait quelque chose dinexprimable, une r\u00e9pulsion, et comme leffroi dun inceste. Une autre crainte larr\u00eata, celle den avoir d\u00e9go\u00fbt plus tard. Dailleurs, quel embarras ce serait!-et tout \u00e0 la fois par prudence et pour ne pas d\u00e9grader son id\u00e9al, il tourna sur ses talons et se mit \u00e0 faire une cigarette. Elle le contemplait, tout \u00e9merveill\u00e9e :-Comme vous \u00eates d\u00e9licat! Il ny a que vous! Il ny a que vous! Onze heures sonn\u00e8rent.-D\u00e9j\u00e0! dit-elle ; au quart, je men irai. Elle se rassit ; mais elle observait la pendule, et il continuait \u00e0 marcher en fumant. Tous les deux ne trouvaient plus rien \u00e0 se dire. Il y a un moment, dans les s\u00e9parations, o\u00f9 la personne aim\u00e9e nest d\u00e9j\u00e0 plus avec nous. Enfin, laiguille ayant d\u00e9pass\u00e9 les vingt-cinq minutes, elle prit son chapeau par les brides, lentement.-Adieu, mon ami, mon cher ami! Je ne vous reverrai jamais! C\u00e9tait ma derni\u00e8re d\u00e9marche de femme. Mon \u00e2me ne vous quittera pas. Que toutes les b\u00e9n\u00e9dictions du ciel soient sur vous! Et elle le baisa comme une m\u00e8re. Mais elle parut chercher quelque chose, et lui demanda des ciseaux. Elle d\u00e9fit son peigne ; tous ses cheveux blancs tomb\u00e8rent. Elle sen coupa, brutalement, \u00e0 la racine, une longue m\u00e8che.-Gardez-les! adieu! Quand elle fut sortie, Fr\u00e9d\u00e9ric ouvrit sa fen\u00eatre. Mme Arnoux, sur le trottoir, fit signe davancer \u00e0 un fiacre qui passait. Elle monta dedans. La voiture disparut. Et ce fut tout.-Cest un soir que vous mavez bais\u00e9 le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis dit : Mais il maime.. Il maime! Javais peur de men assurer, cependant. Votre r\u00e9serve \u00e9tait si charmante, que jen jouissais comme dun hommage involontaire et continu. Isidore les interrompit encore une fois. Il avait ordre de ramener Fr\u00e9d\u00e9ric, d\u00e9finitivement. Madame sinqui\u00e9tait, de son absence. Puis, ils accus\u00e8rent le hasard, les circonstances, l\u00e9poque o\u00f9 ils \u00e9taient n\u00e9s. LEducation sentimentale est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme un roman..<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>rencontre education sentimentale flaubert<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10602"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10602"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10602\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10603,"href":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10602\/revisions\/10603"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10602"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10602"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.sparkthinking.net\/img\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10602"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}