pas à sendormir. A son réveil il surprend la conversation
lieu la merveilleuse rencontre : près de létang, Meaulnes
Lunivers champêtre entre en concurrence tout au long du récit avec un monde plus mystérieux qui se dérobe au quotidien, déborde de la simple réalité et transfigure le cadre strictement réaliste. Le Grand Meaulnes est ainsi habité par une géographie du rêve qui ouvre sur un espace digne dun conte de fées, où prédominent le fantastique et la beauté à létat pur. Sur la place, dans la roulotte des bohémiens, il y avait une lumière. Quelquun de malade sans doute. Il allait sapprocher, pour demander ce qui était arrivé, lorsquune ombre silencieuse, une ombre chaussée despadrilles, déboucha des Petits-Coins et accourut au galop, sans rien voir, vers le marchepied de la voiture.. Marc Robin, photographe du film Le Grand Meaulnes de Jean-Gabriel Albicocco Frantz, de sorte que cet amour devenait impossible, a chassé sa compagne avec brutalité. Pris de Ce manuscrit, que javais commencé comme un journal secret et qui est devenu ma confession, sera, si je ne reviens pas, la propriété de mon ami François Seurel. Je nen sais rien, répondit Meaulnes dun ton bourru, sans lever la tête. La lecture du Grand Meaulnes pourrait peut-être nous aider à répondre à la question :-Doù vient lidée du péché originel? Le récit tout entier est borné par le mot aventure. Dès les premières phrases du roman, Alain Fournier plante le décor, cette demeure doù partirent et où revinrent se briser, comme des vagues sur un rocher désert, nos aventures. Cest ce même mot qui clôt lœuvre : Et déjà je limaginais, la nuit, enveloppant sa fille dans un manteau, et partant avec elle pour de nouvelles aventures. Dès la première partie, laventure simmisce sous la forme du désir d évasion. Adossé à la porte et la tête penchée, il semblait profondément absorbé par ce qui venait dêtre dit. En le voyant ainsi, perdu dans ses réflexions, regardant, comme à travers des lieues de brouillard, ces gens paisibles qui travaillaient, je pensai soudain à cette image de Robinson Crusoé, où lon voit ladolescent anglais, avant son grand départ, fréquentant la boutique dun vannier Ladolescence est dabord marquée par le désir du départ. Cette évasion se confond avec la désobéissance, la prise dautonomie, une forme daffrontement. Dailleurs le chapitre où Augustin séchappe de lécole pour aller chercher les grands-parents de François est intitulé Lévasion. Ce mot a deux significations : en premier lieu, lappel à quitter létroite routine de la vie scolaire, le désir dun ailleurs, mais surtout lattente dun événement inhabituel. François qui devrait être comblé de la présence de toute sa famille à loccasion des fêtes de fin dannée, souffre de la disparition de son ami. Ce départ appelle le sien, du moins en imagination, et, en même temps, fait naître linsatisfaction : Or, ce soir-là, je navais plus rien à espérer du dehors, puisque tous ceux que jaimais étaient réunis dans notre maison ; et pourtant je ne cessais dépier tous les bruits de la nuit et dattendre quon ouvrît notre porte. Je nétais plus avec eux. Ce désir dévasion devient une obsession : De temps à autre, sur le grand calme de laprès-midi gelé, montait lappel lointain dune bergère ou dun gamin hélant son compagnon dun bosquet de sapins à lautre. Et chaque fois, ce long cri sur les coteaux déserts me faisait tressaillir, comme si ceût été la voix de Meaulnes me conviant à le suivre au loin Meaulnes a donc introduit le trouble et le désordre dans un univers familier. Si Meaulnes pratique lévasion réelle, François se contente de séchapper dans ses lectures et ses rêveries. Cette aventure trouve plusieurs fois sa correspondance littéraire dans le roman de Defoe, une des lectures inspiratrices du jeune Fournier. Du moins il est étonnant, pour un roman rural, que le rêve du départ appelle des comparaisons maritimes. Un exemple significatif est celui du retour de la voiture dérobée, de cet attelage perdu qui nous revenait, telle une épave queût ramenée la haute mer la première épave et la dernière, peut-être, de laventure de Meaulnes. Un autre consiste dans les impatiences de Meaulnes, dans son agitation nocturne lors du retour chez les Seurel : comme chez ces marins qui nont pu se déshabituer de faire le quart et qui, au fond de leurs propriétés bretonnes, se lèvent et shabillent à lheure réglementaire pour surveiller la nuit terrienne. Au cours du repas campagnard, pendant la fête étrange, Augustin dîne en compagnie de deux vieilles paysannes, et dautres gens complètement rasés qui pouvaient être danciens marins. Quand François trahit le secret de son ami en racontant ses aventures à la bande de Jasmin Delouche, il note : Je suis déçu comme ce naufragé qui croyait causer avec un homme et qui reconnut soudain que cétait un singe. Lors de lattaque de lécole par les inconnus, la troupe se jette à lassaut de la demeure comme à labordage dun navire. Ce terme dabordage est repris plusieurs fois. Ces rapprochements doivent magnifier le départ en évoquant locéan infini et ses dangers. Fournier qui a voulu à un moment devenir officier de marine a puisé ses rêves dévasion dans ses lectures denfance. Ce voyage revêt un aspect initiatique. La fugue de Meaulnes dure trois grands jours comme pour une résurrection. Alors que linquiétude monte et quaffleure lidée dune mort possible, Augustin va revenir transfiguré la tête haute et comme ébloui. On ne peut mieux évoquer lexpérience mystique, dans son air de voyageur fatigué, affamé, mais émerveillé, ce dernier mot doit être compris dans son sens étymologique de celui qui a été au contact de réalités dépassant la nature. Le signe de cette incursion dans les terres interdites est le gilet de marquis, qui plus est, de 1830, soit un demi-siècle auparavant. Il est aussi léquivalent de lécharpe donnée par la dame dans lunivers chevaleresque. Ce signe est exhibé seulement de nuit, pour garder le secret bien évidemment, mais aussi parce que lobscurité permet dévoquer les sortilèges. Ces nuits, dans les greniers de lécole sont imprégnées de rêve et de mystère, comme parcourues par les fantasmagories dune lanterne magique qui jetait sur le mur son ombre errante et gigantesque. Ce mot dombre au sens de silhouette ou dobscurité, propice à toutes les imaginations, est dailleurs un des termes les plus employés dans le roman. Le VIII e chapitre de la 1 re partie est lui aussi intitulé LAventure que François, dans sa relation des événements, qualifie ensuite d étrange, autre mot souvent employé dans le récit. Par exemple, au cours de la promenade en bateau, Un à un, sur le passage des dames, qui paraissaient être la châtelaine et sa fille, les jeunes gens saluaient profondément, et les demoiselles sinclinaient. Étrange matinée! Étrange partie de plaisir! Cette chronique appartient aussi au genre du roman daventures par son utilisation marquée de la carte, des indices pour retrouver le chemin oublié comme dans le récit fondateur, LÎle au trésor de Stevenson, que Fournier a sans doute lu avec délice. Alain Fournier ne cache dailleurs pas lorigine livresque de ce jeu de piste, de la recherche du passage dont il est question dans les livres, lancien chemin obstrué, celui dont le prince harassé de fatigue na pu trouver lentrée. Mais en même temps, lauteur rattache cette démarche à la réalité en montrant Augustin cherchant à se repérer dans l Atlas du Cher. En ce domaine de la géographie, Fournier na pas voulu faire dAugustin un grand frère du Petit Poucet. Au cours de son voyage, Augustin se comporte comme un pisteur, cherchant à interpréter les indices perçus. Au sortir de la chambre de Wellington, il est décrit comme un chasseur, à demi penché, prêtant loreille. Ce voyage est donc bien rattaché à laventure, à lexploration. Cette quête visant le pays sans nom a une descendance littéraire comme chez Dhôtel avec Le Pays où lon narrive jamais. À lintérieur du récit, cest surtout la deuxième partie qui révèle le plus de traces des thématiques de ce genre romanesque qui a connu un succès considérable dans la seconde moitié du XIX e siècle. Avec elle, nous changeons dunivers pour entrer plus franchement dans le roman daventures et plus particulièrement le roman de jeunesse sous le signe du grand jeu cher à Kipling, terme du roman de jeunesse, et titre donné au premier chapitre de la deuxième partie. Notons également que ce grand jeu a été exploité par la pédagogie scoute dans la première moitié du XX e siècle. Ce grand jeu y est dailleurs intimement mêlé au jeu de piste, à la traque, au combat dhonneur. Le Grand Meaulnes ny échappe pas. Ce genre est marqué par ses invraisemblances, ses péripéties, ses retournements de situation et une utilisation appuyée du mystère. Au titre des invraisemblances les plus criantes, notons le chef mystérieux qui parle anglais et qui porte un bandage. Ce déguisement familier du genre ne peut véritablement cacher lidentité, dautant plus que, par la suite, Frantz se place à côté dAugustin en classe. Le lecteur peut sétonner ensuite de la complexité de la stratégie du jeune homme. Frantz nest donc pas reconnu pour permettre le coup de théâtre lors de la soirée au cirque, ce dévoilement final est la forme empruntée par le procédé de la croix de ma mère dans le roman daventures ou le roman policier traditionnel. Et que penser de la passivité du monde des adultes peu curieux de cette étrangeté? Alain Fournier utilise dailleurs un autre univers stéréotypé à lépoque : celui des bohémiens et du monde du cirque Les baladins, les gens du voyage sont peut-être issus de Sans famille dHector Malot. Alain Fournier ne nous dit pas pourquoi Ganache est dévoué corps et âme à Frantz. Le saltimbanque garde sa part de mystère propre à ce genre romanesque où les auteurs aiment à recourir à un lourd passé pour conduire leur personnage de marginal à la rédemption. Il se contente de donner une explication peu plausible : Lautre avait accepté cette existence sauvage, pleine de risques, de jeux et daventures. Il lui avait semblé recommencer son enfance. On peut penser aussi à lexploitation de létrangeté radicale et du mythe de la liberté chez les gens du voyage dont les poètes ont su se saisir. Enfin le petit campagnard Fournier a dû entendre vilipender ces asociaux, voleurs de poule attirant la méfiance et le rejet des populations locales. Finalement, Alain Fournier crée un lien très fort entre laventure et lesprit denfance ou plus exactement, il fait de laventure une passerelle entre lenfance et ladolescence. François reconnaît que larrivée dAugustin la tiré de son assoupissement, a ouvert des perspectives vertigineuses à lenfant timoré quil était jusqualors : Meaulnes parti, je nétais plus son compagnon daventures, le frère de ce chasseur de pistes ; je redevenais un gamin du bourg pareil aux autres. Laventure, cest aussi la passion amoureuse juvénile, la découverte de terres étrangères où le jeune soupirant doit faire la preuve de sa détermination, de son courage et de sa valeur morale. Augustin est ainsi lincarnation de léternelle jeunesse de laventure, de cette incapacité à rester en place, à se satisfaire des joies communes dici et maintenant. Là encore, Alain Fournier ancre son personnage dans lunivers du conte en le fixant dans ses chimères, en le rendant incapable dentrer dans la réalité et de devenir véritablement adulte. Un roman dadolescence Cest là que lenfance de Valentine sétait écoulée, là quelle avait commencé à regarder le monde de ses yeux confiants et sages. Elle avait travaillé, cousu, derrière ces fenêtres. Et Frantz était passé pour la voir, lui sourire, dans cette rue de faubourg. Mais maintenant il ny avait plus rien, rien La triste soirée durait et Meaulnes savait seulement que quelque part, perdue, durant ce même après-midi, Valentine regardait passer dans son souvenir cette place morne où jamais elle ne viendrait plus. Demoiselle que Meaulnes a cherchée en vain à Paris et qui ne la pas oublié. Mais à cause des dettes Or dans le plan rectifié par le bohémien et que nous avions maintes fois étudié avec Meaulnes, il semblait quun chemin à un trait, un chemin de terre, partit de cette lisière du bois pour aller dans la direction du Domaine. Si jallais le découvrir ce matin.. Je commençai à me persuader que, avant midi, je me trouverais sur le chemin du manoir perdu.. Prestigieuse, mais ne convainc pas. La critique est Analyse des deux scènes et mise en place du commentaire Il est vrai, dit-elle, quil fait noir dans la cour à ne pas sy conduire.